[Mireille Duteil, « De l’enfer au paradis », Le Point références, sept.-nov. 2019] « Pour tout un chacun, être professeur en REP, c'est quelque chose entre l'enfer et le purgatoire. Mais certains jours peuvent aussi être le paradis, raconte avec humour et talent Géraldine Doutriaux. Son livre, savoureux, est mené au galop. […] La première année, la jeune prof venue des beaux quartiers a du mal à ne pas détester cette poignée de sixièmes, “des bébés balaises, pas cadrés, paquet de mélasse à ne surtout pas bousculer sous peine de réveiller la bête, six cas sur une classe de 25”, raconte-t-elle. Le choc est violent. “J’arrivais en classe avec la furie d’un gros 4x4 prêt à ne rien laisser passer et eux avec l’énergie d’un bolide prêt à tout se permettre.” Pourtant, au fil des mois, les deux camps s’apprivoisent. Mais l’investissement personnel est lourd ; il faut innover dans la pédagogie, créer des ateliers d’écriture et de théâtre… «Nous comme d’anciens rois déchus reconvertis dans le charlatanisme, du fait qu’on nous a enlevé notre couronne et notre principal argument — que le savoir est un idéal, que le savoir engendre un bon métier”, constate-t-elle. “Notre château s’effondre, le roi se meurt et bégaie des promesses d’un temps ancien auxquelles plus personne ne croit. Du coup, c’est la Bastille tous les jours.” Pourtant, quand ces élèves se coulent avec talent dans les rôles de Créon ou Antigone, ou se montrent atterrés en apprenant qu’elle est nommée à Paris, c’est cela, le paradis. »